À peine Macron vient-il de réussir haut la main son hold-up de la République que certains électeurs se sont déjà fait à l’idée d’une présidence en marche forcée, oscillant entre résignation heureuse et espérance religieuse. « Après tout, pourquoi ne pas lui laisser sa chance ? » se disent-ils. S’agit-il d’une forme de naïveté politique ? De béatitude passagère ? Ou d’un réflexe de survie s’apparentant au syndrome de Stockholm ?

La première raison de la servitude volontaire, c’est l’habitude.

Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire

« Finalement, je me dis que ça va peut-être être bien. » « Accordons lui le bénéfice du doute. » « Après tout, c’est peut-être pas si mal que ça. » Voici, parmi tant d’autres, le genre de commentaires que l’on peut entendre ces derniers jours dans les rangs des électeurs de gauche, en réaction à l’élection de M. Macron à la présidence de la république. Comme si le fait d’être élu, de s’assoir sur le trône marnarco-présidentiel suffisait à enterrer un programme néolibéral, laver les magouilles politiciennes et effacer le CV à haute teneur financière de notre nouveau chef d’état. Comme si l’investiture s’assimilait à une absolution républicaine !

Comment interpréter cette forme de résignation heureuse ? On hésite entre une manifestation tardive d’un surmoi droitisant et le refoulement d’un trauma – en l’occurrence, l’humiliation de s’être soumis au vote « utile » pour les uns, au vote « contre » pour les autres.

À moins qu’il ne s’agisse d’un autre phénomène : les français seraient-ils atteints du le syndrome de Stockholm ? D’après Wikipedia, le syndrome de Stockholm désigne « un phénomène psychologique observé chez des otages ayant vécu durant une période prolongée avec leurs geôliers et qui ont développé une sorte d’empathie, de contagion émotionnelle vis-à-vis de ceux-ci, selon des mécanismes complexes d’identification et de survie. »

Hold-up républicain

L’outrancier acharnement médiatique que les français ont subi depuis plusieurs mois s’apparente à une véritable prise d’otage de la pensée, dont Macron et ses fervents soutiens éditoriaux et médiatiques sont les meneurs, et qui vient de s’achever en apothéose par un hold-up présidentiel et sous la menace en forme d’ultimatum de la bienpensante « pédagogie antifasciste » de gauche ! Ici, il ne s’agit pas d’une banque que l’on braque, mais la république tout entière, et les français, un calibre 49.3 collé sur la tempe, n’ont qu’à bien se tenir ! Il faut dire que le système de sécurité de la Ve République est une véritable passoire.

Les otages n’ont plus qu’un mot d’ordre : survivre ! Alors que certains d’entre eux persistent à vouloir se rebeller, d’autres, qu’ils en soient conscients ou non, préfèrent accepter leur sort et se soumettre à la volonté du malfaiteur. Certains vont jusqu’à excuser les preneurs d’otages de leurs actes et les plus dévoués finissent même par devenir complices des truands.

Alors qu’un groupe d’intervention législatif est prêt à faire irruption sur la scène du crime et mettre un terme au casse, il se pourrait que les français, manifestant une empathie dénuée de tout bon sens pour leurs tortionnaires, par peur, par lassitude, par paresse ou par envie, choisissent finalement de les défendre malgré les coups encaissés. Tout comme les otages de Jan Erik Olsson et Clark Olofsson qui, en 1973, après 6 jours passés en captivité dans une banque de Stockholm, s’étaient interposés entre leurs ravisseurs et les policiers venus les libérer et avaient par la suite refusé de témoigner contre eux. L’une des otages était même tombée amoureuse d’un des malfrats…

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