À l’insu de son plein gré, Bayrou s’est fait entourloupé par les méthodes habituelles des négociations entre partenaires sociaux. On promet grand, on casse violemment et sournoisement la promesse, puis on revient à une proposition « raisonnable » où le perdant est toujours celui qui croit aux éléphants roses.

Alors que son accord passé avec En Marche ! prévoyait, selon l’intéressé, que 120 des 577 candidats du mouvement de Macron soient des encartés Modem, Bayrou se retrouve le cul par terre, apprenant qu’il n’y aurait que 38 candidats de son parti investi par le mouvement du nouveau président. Quand on songe à ce que déclarait le maire de Pau il y a quelques mois à propos de son nouveau poulain, il ne faut pas s’étonner qu’il se soit fait cocufier comme un bleu.

Mais ce que Bayrou subit, c’est tout simplement les méthodes mesquines du patronat. D’abord, on fait mine d’être sympa, de vouloir le bien de tous, en prenant soin de ne s’engager que sur des belles paroles – « pacte de responsabilité », « inversion de la courbe du fromage », « mon ennemi, c’est la pitance ». Puis, en douce, on balance un gros coup de massue – « loi Travail », « état d’urgence ». Ensuite, deux scénarios se présentent. Le premier : le coup de massue passe comme une lettre à la poste, les bougres n’ont même pas la force de répliquer. Le tour est joué. Deuxième scénario : la négociation. On élimine quelques réformes scandaleuses en faisant mine que c’est vraiment vraiment un gros effort à quoi l’on consent et on garde le noyau dur. Les éléments les plus dociles acceptent le contrat. La loi passe, certes, légèrement amoindrie, mais l’essentiel est préservé, le reste sera pour une prochaine fois.

Quand le centriste mou se rebelle

Dans le cas de notre palois, on lui promet 120 candidats, ça mange pas de pain, et comme ça le François nous fait une belle campagne de lèche-burnes comme jamais. Ensuite, en douce, on balance le pavé dans la marre aux centristes : finalement, ça sera 38 candidats. Pan dans la tronche ! Scénario 1 – le plus souhaitable – , le larbin de service est trop servile, a trop la pétoche et ferme sa gueule de peur de se retrouver à zéro. Scénario 2 – plus délicat mais prévisible donc gérable – , le cocu se rebelle. C’est étonnamment ce qu’il s’est produit, le centriste mou s’est rebellé ! Dans ce cas, on gère l’incident diplomatique à grand renfort de com’, on « négocie », on « parlemente », et poum, on sort un accord merveilleux où le cocu retrouve un semblant de dignité, avec au moins 80, voire 100 candidats investis…

Oui, sauf qu’au départ, c’était 120, non ? Le gars vient de se faire chouraver 20 à 40 investitures et il est content ! Voilà le grand talent de la négociation à la patronale ! Et plus c’est gros, plus ça marche ! Lorsqu’on demandait au patron de Rothschild en quoi le passé de Macron à la banque d’affaire pouvait l’aider à être efficace en politique, il répondait, avec la perspicacité d’un grand patron : « on y apprend l’art de la négociation, on apprend vraiment l’art de la régociation ». Et pas n’importe laquelle !

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